La Famille Gagnon




Entre 1634 et 1666, 246 habitants de la Province du Perche ont quitté leur terre pour s’installer en Nouvelle-France. 
80 d’entre eux étaient originaires de la paroisse de Tourouvre. 
Ils furent parmi les premiers habitants à construire leur maison, à défricher des terres immenses. 
Des milliers d’émigrants venus de toutes les régions de France les ont rejoints.



Les recruteurs 

C’est tout d’abord Robert Giffard dont nous avons parlé dans une autre page.



Puis viennent ses associés, les frères Juchereau, Noël et Jean.
Pour trouver des gens décidés à partir pour la nouvelle-France, ils ont été les hommes de Giffard.
Leur père était un notable, notaire-greffier, mais également homme d’affaires : marchand de vin et marchand de bois, métier tout à fait profitable dans cette région de Normandie appelée le Perche. En effet le Perche est un pays de forêts profondes et le bois servait beaucoup à la construction de bateaux, le roi et ses ministres ayant compris qu’il fallait à la France une forte marine.
Noël et Jean ont été baptisés à l’église Saint-Aubin de Tourouvre. Leurs noms sont consignés depuis plus de trois siècles dans les archives paroissiales et départementales.
Les frères Juchereau doivent à leur père leur richesse, puissance et considération dans leur fief.
Ils viennent aussi d’entrer dans la noblesse.
Un second mariage de leur père avec la marquise de Blavou, leur a ouvert en effet les portes de l’aristocratie provinciale.


Blason du Perche

Carte du Perche en Normandie





Bien que plus riches que les Gagnon, les Juchereau étaient les amis des Gagnon, une famille de paysans de la même paroisse, la paroisse St Aubin de Tourouvre.

Le patronyme de Gagnon est parfois discuté et le nom de Gaignon apparaît dans bon nombre de documents anciens.
Mais ces différences sont compréhensibles à cette époque.
Gagnerie, gangnerie correspond à une étendue de terre cultivée par un même laboureur.
Gaaineure, gaigneure, labourage sont des synonymes à cette époque.
On parle de gaignerie de seigle, d’orge …
Plusieurs villes de France ont une rue de la gagnerie.

Quoiqu’il en soit, la famille Gagnon était installée à Tourouvre, dans un petit hameau appelé « La Gagnonnière ».


 et voici les maisons du hameau











Une maison du hameau a été rénovée récemment.



La voici avant sa rénovation

Photo publiée dans "Le Québec une histoire de famille"
Les autres maisons ont gardé un caractère plus rustique




« La Gagnonnière » est située à environ 2.1 kilometres soit 25 minutes à pied du village de La Ventrouze et 2.9 kilometres de l’église de Tourouvre soit 35 minutes à pied.




La famille Gagnon était donc une famille de la terre, une famille de laboureurs. 
Voici quelques photos de cette terre où ils vivaient.








et le chemin qu'ils prenaient pour aller à Tourouvre et à La Ventrouze est toujours là.





Le père, Pierre Gagnon, se maria avec Renée Roger en 1598.
Ils eurent  sept enfants dont cinq se sont mariés :
Marie-Marguerite, née le 5 octobre1598,
Noël, né le 31 aout 1601,
Louis, né le 15 janvier 1604,
Mathurin, né le 22 octobre 1606
Mathurine, née en 1608
Jean né le 13 aout 1610
et aussi Pierre le 14 février 1612 
qui ne sera pas baptisé à Tourouvre mais à La Ventrouze.

Une jolie famille dans cette campagne percheronne.



Le travail était dur à la ferme et l’acquisition de terres était difficile.
A la fin du 16ème siècle, il fallait 200 heures de travail à un paysan pour acheter un quintal de blé.

Aussi, les frères Noël et Jean Juchereau n’auront pas de mal, à la mort du père, à convaincre plusieurs enfants de les suivre dans l’aventure en Nouvelle France.
Entre 1635 et 1640, les trois frères, Mathurin, Jean et Pierre quittent ainsi leur hameau de La Gagnonnière en compagnie de leur mère et de leur sœur Marguerite, et viennent s’installer près de Québec.
Les trois frères Gaignon furent des premiers à s'établir dans la partie de la côte de Beaupré qui forme la province du Château- Richer. Ils eurent à se partager les terres situées près de la petite rivière qui sépare Sainte-Anne du Château-Richer.

dessin publié par "ici radio-canada" 

Marthe Gagnon, fille naturelle de Mathurin Gagnon et de Vincente Gaulthier, partira de la Ventrouze vers 1643 pour la Nouvelle-France, avec son père venu la rechercher. 


La Ventrouze

La Ventrouze est un petit village faisan partie du canton de Tourouvre dans l'arrondissement de Mortagne-au-Perche.
Le village a peu changé avec le temps.
Il y a  115 habitants dans ce village.




La Ventrouze était l’un des fiefs les plus importants de cette région de l’Orne.
L'église Saint Madeleine est du 15ème siècle. C'est dans cette église qu'à été baptisé Pierre en 1612.













Le domaine   appartenait aux comtes du Perche, puis il a été transmis par alliances successives aux seigneurs de Château-Gontier, aux ducs de Bretagne, aux Bourbon-Vendôme.








De l'ancien château féodal ne subsistent plus que des vestiges, l'ensemble des bâtiments étant entouré de larges douves.
Deux tours rondes défendent l'accès du pont levis qui a disparu, remplacé par un pont en pierre. Ces tours se prolongent par deux petits bâtiments de dépendance. Le logis principal, visible le long de la douve sur les photos, est actuellement scindé en trois parties. La partie centrale a conservé son volume d'origine. Les bâtiments attenants ont été abaissés et tronqués. Ce sont des constructions en brique avec des entourages de fenêtre en pierre calcaire. Le rez-de-chaussée est en brique rose ; l'étage est en briques ocre et brunes s'imbriquant en losange dans les briques roses, de façon à former une sorte de damier.






Une plaque à la mémoire des percherons partis pour la Nouvelle-France est fixée dans l'église de La Ventrouze.






Cependant ils semblent être plus nombreux que sur cette plaque à être partis au Canada. On a recensé en plus de la famille Gagnon:

Marguerite Aubert
Françoise Bigot
Jeanne Jahan
Guillaume Landry
Françoise Lehoux
Jacques Lehoux
Jean Lehoux
Nicole Lemère
Pierre Loignon
Marie Mesange
et Renée Roger


Mais revenons à Robert Gagnon.
Robert Gagnon était le fils de Jean Gagnon (le frère de Pierre)  et de Marie Geffroy, donc un cousin des précédents. Il habitait La Ventrouze

Il partira lui aussi, mais plus tard, vers 1655, pour fonder la seconde branche de la famille Gagnon au Québec.
Robert s’établit à l’Ile d’Orléans et obtient un an après son arrivée, par le seigneur Charles de Lauzon, une terre à Sainte-Famille de l’Ile d’Orléans.
Robert aura 10 enfants. Plusieurs de ses descendants s’établiront à Rivière Ouelle et à Rimouski.


Pendant ce temps, les trois frères Gagnon feront commerce, dès 1651, rue Saint-Pierre dans la basse ville de Québec.
En1668, ils vendent leur commerce et s’installent définitivement à Château-Richer sur les terres que leur avait concédées Olivier le Tardif, chargé d’affaire de la compagnie de Beaupré.
Mathurin aura 14 enfants, Pierre en aura 10 et Jean 8.

Quand les cousins Gagnon sont devenus Gagnon - Belzile
Petit-fils de l’ancêtre Robert, Jean Gagnon, pour se démarquer d’un homonyme de sa famille, ajoute l’appellation des Belle-Isles à son nom. C’est dans un acte de vente impliquant Jean Gagnon des Belles-Îsles, daté du 27 janvier 1714 au greffe d’Abel Michon, que l’on retrouve pour la première fois cette dénomination dans le Bas-Saint-Laurent. Une partie de sa descendance de la cinquième génération abandonne le nom de Gagnon pour ne retenir que celui des Belles-Isles, qui plus tard se transformera au nom Belzile (Belzil).


Expansion des Gagnon et Belzile en Amérique





Les Gagnon et les Belzile qui sont issus des Gagnon, représentent une des familles les plus prolifiques au Québec. Les patronymes Gagnon et Belzile sont portés par plus de 82,000 personnes au Canada. La famille Gagnon est reconnue comme la deuxième famille-souche la plus nombreuse du Québec, et ce depuis les recensements du 19e siècle. En 2015, on estime que les familles Gagnon et Belzile ensemble comptent près de 72 000 descendant(e)s au Québec et 8,000 autres dans le reste du Canada.

Selon certaines recherches, il y aurait aussi 20 000 Gagnon vivant aux États-Unis. Enfin, le nombre actuel de Gagnon et Belzile vivant en Amérique du Nord serait de l’ordre de 100 000, ce qui les classeraient vers le 400e rang des 50 000 premiers patronymes répertoriés en Amérique du Nord. Les Gagnon se classent ainsi parmi les familles les plus nombreuses sur le continent nord-américain.

Voici l'arbre généalogique reconstitué par l'association Perche Québec qui a réalisé un travail immense pour faire connaitre cette période de l'histoire du Perche et l'émigration franco-canadienne.


GAGNON Pierre
ROGER Renée (La Ventrouze - Sainte-Anne-de-Beaupré)
|

GAGNON Jean
GEFFROY Marie
|
Robert
(1628-1703)

x 1657
PARENTEAU
Marie
|
Marguerite
(1598-1677)

x 1624
TAVERNIER
Eloi

|
|
Noël
|
Louis
|
Mathurin
(1606-1690)

x 1647
GODEAU
Françoise
|
Mathurine
|
Jean
(1610-1670)

x 1640
CAUCHON
Margurite
|
Pierre
(1612-1699)

x 1642
DESVARIEUX
Vincente

|
TAVERNIER
Marguerite
(~1627-1697)

x 1644
GRAVELLE
Joseph-Macé


|
TAVERNIER
Marie dite Soeur Sainte-Monique
(1631-1700)

x 1647
BACON
Gilles
Les Belles-Isles et Belzile

C'est de Jean Gagnon, petit-fils de Robert, que s'implanta en Amérique le nom bien canadien des familles Belles-Isles et Belzile. Jean Gagnon, marié à Geneviève Gamache, fille du seigneur de l'Islet, était résident de Rivière-Ouelle, appointé par le Gouverneur, Commandant de la milice de la Rive-Sud et Gardien des Isles. Ses fils continuèrent à s'appeler ainsi, mais la moitié de sa descendance garda le nom de Gagnon et laissa tomber le Belles-Isles alors que l'autre moitié fit l'inverse pour retenir Belles-Isles.